11/12/2003

Ne nous voilons pas la face !


Il est fort instructif de suivre les débats actuels concernant le voile, c'est à dire un nouvel extrémisme qui joue à la frontière de la légalité.
Des conservateurs pas du tout libéraux comme Sarkozy prônent la souplesse, des libéraux peu conservateurs exigent une loi. Il est difficile de s'y retrouver tant les arguments employés sont différents, tant le problème sous-jacent est complexe, tant les principes Il est fort instructif de suivre les débats actuels concernant le voile, manifestation extérieure d’un nouvel extrémisme qui joue à la frontière de la légalité.
Des conservateurs pas du tout libéraux comme Sarkozy prônent la souplesse, des libéraux peu conservateurs exigent une loi. Il est difficile de s'y retrouver tant les arguments employés sont différents, tant le problème sous-jacent est complexe, tant les principes moraux sont sensibles et subtils.

La cible de tous aujourd'hui, c'est l'islamisme : des jeunes filles portant le voile aux jeunes recrues des banlieues envoyées dans les circuits internationaux d'une mouvance terroriste aux allures "héroïques", la lutte est vaste et complexe.

Une tendance actuelle des plus dangereuses, l'islamismophobie, constitue une insulte permanente envers l'essentiel des musulmans de France, modernes et laïcs. L'Islam a toute sa place en France au même titre que les autres religions, qu'on le veuille ou non. Les pratiques de l'Islam moderne ont largement évolué, notamment en ce qui concerne la place de la femme dans la famille et la société, la séparation de la pratique religieuse, privée, et de la vie sociale et professionnelle.

Si une frange minoritaire active, extrémiste, pratique un prosélytisme organisé, structuré, qui vise à ramener les musulmans vers des usages que nous jugeons unanimement rétrogrades et malsains, de nombreuses associations luttent contre cette dérive qui, associée à une paupérisation de banlieues frappées par le chômage et l'exclusion, aboutit notamment à une agression permanente de la femme. Le voile devient un refuge pour beaucoup d’entre elles. La femme ne choisit plus son époux, elle lui est soumise, elle ne peut aller voir un médecin sans la présence de son mari et peut refuser les soins, même urgents, si le médecin n’est pas une femme.

L’agression morale islamiste touche tous les français, musulmans ou non. Mais à partir de ce constat, les méthodes pour combattre ce fléau divergent grandement. Contraindre par la loi ou laisser une souplesse de négociation, au cas par cas et en fonction des textes existants ?

La contrainte par la loi revient à diaboliser officiellement l’islamisme en portant atteinte préventivement aux droits individuels selon le fameux précepte : tous les moyens sont bons pour vaincre l'ennemi. Kippas, croix un peu trop voyantes, tout sera mis dans le même sac et interdit à l’école, ce qui constituera une première victoire insidieuse de l’islamisme.
Une fois plusieurs milliers de jeunes filles hors du système scolaire, martyres des idéaux républicains, les islamistes auront beau jeu de demander des écoles propres où le voile sera de mise ainsi que la séparation des filles et des garçons. Voulons-nous encourager ces requêtes qui écarter ces jeunes filles d’un enseignement qui prône l’esprit critique ?
Ensuite, rappelons-nous l’exemple politique de la dernière diabolisation médiatique et judiciaire durable : le FN. Voulons-nous prendre le risque de voir l’islamisme prendre une ampleur comparable à celle du FN en France ?
Il me semble que la contrainte législative que beaucoup de laïcards socialisants ont toujours eu tendance à préconiser, ne va pas dans un sens très libéral parce qu’il n’accorde aucune confiance en l’homme et en son sens des responsabilités. L'interdiction risquerait d'aboutir à un effet gravement contre-productif.

Laissons chaque établissement scolaire appliquer la loi existante, gérer ses cas en parfaite autonomie avec le soutien total des académies. Exclusion ici, accord là. Chacun fait comme il peut selon les profils, l’environnement, les discussions, suivant un processus pédagogique pas toujours évident, mais certainement plus sain qu’une ségrégation définitive.

15:07 Écrit par Alternative Lib | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

C'est du libéralisme, ça ? Je suis consterné de découvrir ce discours laïcardo-républicain et xénophobe sous la plume d'un rédacteur qui se prétend libéral ! Sous votre déguisement de faux Tocqueville, vous n'êtes donc qu'un adepte du nivelage des convictions religieuses par notre belle "école laïque et obligatoire" . Cette merveilleuse machine à décerveler qui vous plaît tant a enseigné aux générations d'après-guerre que l'URSS était la patrie du bonheur et de la liberté et que la religion représentait "l'opium du peuple".
Puisque vous vous prétendez libéral, ne limitez pas votre libéralisme à la Bourse et aux stock-options : prenez donc exemple sur les pays anglo-saxons, nations représentatives du vrai libéralisme ! On y défend la liberté d'entreprendre, heureusement, mais aussi la liberté d'expression totale, la liberté d'éducation et la liberté religieuse, qui sont indissociables, ne vous en déplaise... On n'y déclenche pas des campagnes d'hystérie collective parce que quelques gamines jugent bon de manifester leur foi en se voilant ! Décidément, les libéraux français ont encore des efforts à faire pour se débarasser de leur surmoi jacobino-napoléonien.
J'espère qu'il y a aussi parmi les rédacteurs de ce site des gens de l'acabit d'un Alain Madelin, qui est cohérent dans ses convictions, lui (dépénalisation du cannabis, refus de la loi anti-voile...).
Le credo du vrai libéral : nous sommes des adultes, nous n'avons pas besoin d'un tuteur étatique pour nous dire ce que nous devons faire, croire ou penser, du moment que nous n'empiétons pas sur les libertés des autres.

Écrit par : freedom fighter | 27/07/2004

rectification à "C'est du libéralisme, ça ?" Bon, je m'aperçois que j'ai lu un peu trop vite votre article, et que j'y ai réagi de façon un peu précipitée. Dont acte : vous n'êtes pas un vieux laïcard antireligieux franchouillard, qui veut faire la chasse aux "sorcières à foulards". Autant pour moi, donc !
Mais je reste gêné par certains des concepts que vous défendez dans votre papier, et qui expliquent ma première réaction : l'école jacobino-laïcarde serait donc pour vous " un enseignement qui prône l’esprit critique ". Humm, humm, il faut le dire vite, quand on voit le nombre d'enseignants marxisants qui hantent encore l'éducation nationale... D'autre part, vous avez l'air de redouter que des écoles confessionnelles musulmanes se créent en réaction à la loi inepte sur le voile: pour moi, ce ne serait qu'une façon légitime pour les familles musulmanes religieuses d'exercer leur droit à la liberté d'éducation. Tant qu'on ne prône pas le terrorisme dans ces écoles, un vrai libéral ne devrait rien trouver à y redire...

Écrit par : freedom fighter | 30/07/2004

Les commentaires sont fermés.