19/01/2004

Enseignement Supérieur : immense gâchis !


L’enseignement supérieur est-il un bien collectif ou purement personnel ? Est-ce aux contribuables de financer collectivement les études supérieures ou bien est-ce aux étudiants de les payer avec leurs propres deniers?
La réponse se trouve entre les deux, mais un constat effectué dans de nombreux pays industrialisés pousse la réponse vers la deuxième option. Pour des raisons d’efficacité car le niveau des études gratuites se révèle nettement insuffisant pour ne pas dire médiocre et le principe de la gratuité n’y est pas étranger. Pour des raisons éthiques car il n’y a pas de raison pour que celui dont la carrière sera propulsée par un diplôme ne contribue pas à son coût par un endettement remboursable plus tard.

1) Un système à deux vitesses permet aux plus motivés (et souvent aux plus favorisés sur le plan social) l’accès à des diplômes valorisés, autonomes, chers et sélectifs et qui offrent les meilleurs débouchés : les grandes écoles. Les autres élèves, très grande majorité, se reportent sur le cursus universitaire à la qualité d’enseignement médiocre, au fort taux d’échec et, pour ceux qui vont jusqu’au bout, aboutissant à un taux de chômage élevé et un profil d’emploi nettement inférieur aux attentes.
2) L’absence de sélection à l’entrée et de participation financière des étudiants participent au taux d’échec élevé : les élèves sont aussi peu motivés que peu impliqués. Bref, si le coût d’une année d’études en université n’atteint que la moitié de celui d’une année en grande école, le taux d’échec important et la faible valorisation du diplôme final font de l’université française la source d’un gigantesque gâchis d’abord financier mais aussi humain. Le coût du système se répercute sur le contribuable contraint de participer, il pèse aussi sur les étudiants dont la plupart quitteront l’université sans diplôme et dont les autres n’en retireront aucun avantage significatif pour leur carrière.
3) Enfin, une proportion non négligeable de nos étudiants quitte le territoire et s’expatrie, soit pour prolonger/compléter un cursus, soit pour travailler à l’étranger, notamment dans le domaine de la recherche. Les destinations qui viennent en premier sont les Etats-Unis puis le Royaume Uni. Viennent ensuite, loin derrière, le Canada, l’Espagne, l’Allemagne et l’Espagne. Lorsqu’on sait qu’un diplômé du supérieur a coûté entre 120 et 160 000 euros à la collectivité, on comprend mieux pourquoi le système français est vicié.

Les réponses choisies par nombre de pays pour lutter contre la paupérisation de leur enseignement supérieur se ressemblent partout et commencent à avoir fait la preuve de leur efficacité.
Cela passe d’abord par l’autonomie des établissements dans les domaines suivants :
1) gestion du personnel enseignant : les professeurs sont embauchés à des conditions individualisées et négociées renouvelables annuellement
2) partenariats avec des entreprises, notamment dans le domaine de la recherche,
3 ) gestion de leur budget, de leur recherche de sponsors
4) alliances et regroupement avec d’autres établissements, étrangers notamment
5) conditions d’entrée des élèves : sélection à l’entrée (sur dossier, entretiens de motivation), montant des droits universitaires.

Conséquences immédiates pour l’université :
1) Une vraie concurrence entre établissements grâce au regroupements et à une politique de recrutement de professeurs, qui stimulerait la recherche du meilleur diplôme selon des critères concernant les débouchés immédiats et l’évolution de carrière (profil de poste, salaire …)
2) Une réelle implication des élèves, tant dans leur motivation pour intégrer un cursus que dans leur participation financière, n’a rien de choquant. Après tout, le revenu attendu supérieur à la moyenne lui permettra de rembourser le crédit obtenu, le cas échéant, pour financer ses études. Le système actuel, au contraire, paraît véritablement une aberration.

Si l’évocation d’un minimum de droits universitaires de deux ou trois mille euros par an choque toujours nombre de français, c’est essentiellement dû à un discours bien-pensant de nos élites dont les enfants, eux, choisissent des voies beaucoup plus royales que notre médiocre université française. Encore une fois, ce sont les classes défavorisées et les classes moyennes qui payent le prix de cette déliquescence de notre système universitaire. Le résultat de cette rigidité propre à notre système universitaire, c’est qu’elle est n’enrichit plus le pays, ni en terme de connaissances ou de techniques exploitables par nos entreprises, ni dans le domaine de la recherche qui continue à connaître un exode massif vers les pays anglo-saxons. Dans le même temps, elle coûte aux contribuables presque le quart du budget de l’éducation nationale, à peu près 5 % du budget de l’Etat.

12:52 Écrit par Alternative Lib | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

bravo! Entièrement d'accord avec ce que tu viens de dire. Privatiser l'éducation ne reviendrait pas si cher au regard des débouchés envisagés. Actuellement, les jeunes diplômés d'université "payent" leurs diplômes bien plus que dans un système privé ou dans celles des grandes écoles française, de par l'actuel taux de chômage conséquence des faibles débouchés qu'offre leur formation universitaire sur le marché du travail.

Écrit par : Eskoh | 20/01/2004

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