20/01/2004

La presse française nous oppresse


Notre ministre Aillagon va nous pondre un nouveau plan d’aide à la presse. En bref, encore du pognon tombé du CIEL (Contribuable Innocent Entubé avec Lubrifiant), une incitation (forcée) de notre jeunesse à lire la presse et d’autres mesures qui ont fait leurs preuves. Notre presse nationale, malheureusement, est d’une qualité déplorable et ce n’est pas demain qu’elle s’améliorera, surtout enfoncée dans sa médiocrité par un cautionnement de l’Etat. Foncièrement, comment expliquer cette médiocrité générale ? Il suffit d’observer la grande presse internationale : Washington Post, Financial Times, Wall Street Journal, New York Times, Herald Tribune,…

1 ) RESSOURCES FINANCIERES
Ces grands journaux s’appuient sur une clientèle considérable : 1.7 millions de numéros vendus chaque jourpour le New York Times, 2.6 millions pour le Wall Street Journal . Leur site internet est lu par plusieurs millions de lecteurs distincts chaque jour lors d’évènements importants. Leur structure leur permet de partager leurs ressources avec des quotidiens locaux ou étrangers faisant partie du même groupe, voire avec d’autres formes de médias.
2 ) RESSOURCES HUMAINES
Conséquence de cette puissance financière : 1000 journalistes pour le premier, 1600 pour le second ! Et le recrutement, fondé tant sur les salaires attractifs que sur la notoriété du journal, attire les meilleurs talents non seulement localement mais partout dans le monde. Un dossier sensible peut être couvert par 4 ou 5 journalistes aux compétences et à l’expérience complémentaires.
3 ) NOTORIETE
La notoriété indiscutable de ces quotidiens lus par des citoyens de tous les pays du monde leur permet un accès privilégié aux dirigeants ainsi qu’aux individus ou institutions au cœur de l’information. C’est particulièrement patent dans le domaine de la politique internationale qui exige un réseau considérable de compétences reconnues.
4 ) ETHIQUE
Une très grande différence entre la grande presse anglo-saxone traditionnelle (ne parlons pas des tabloïds britanniques, aussi sinistres qu’engagés et orientés) et la presse française repose sur l’éthique des journalistes. Sans revenir sur La face cachée du Monde, il s’avère manifeste que chacun de nos quotidiens défend une ligne éditoriale engagée, quitte à présenter des faits sous un angle qui en modifie le fond. Les attaques quotidiennes du Monde contre les forces de la coalition en Irak ont bien mis en évidence la volonté de n’évoquer que les échecs, les difficultés, tout ce qui permettrait d’entretenir cette "pensée unique " franco-française, arc-boutée par tous les moyens contre ce déboulonnage de l’une des pires dictatures au monde. Cet anti-américanisme violent, l’anti-sionisme permanent du Monde, son pro-syndicalisme confinent le plus souvent à du militantisme politique tant l’information est déviée, arrangée.

 Nos quotidiens sont-ils médiocres parce qu’ils n’ont pas les moyens d’investir dans un réseau suffisamment étoffé de journalistes de qualité ? Sur le plan international, c’est clairement une faiblesse. Certainement que des rapprochements avec de grands groupes étrangers rendraient possible l’acquisition d’une telle force de frappe journalistique, prix à payer pour acquérir une certaine notoriété sur le plan mondial. Un journal francophone comme le Monde ne pourra viser une envergure internationale véritable sans être traduit en anglais et complété par les ressources complémentaires d’un autre grand quotidien.

Au-delà des ressources matérielles et humaines, la clef de voûte du journalisme, c’est l’éthique. Notre tradition française de journalisme éditorial n’est plus satisfaisante car elle n’offre que très peu d’analyses construites, neutres et suffisamment approfondies. La première source d’information se réduit souvent aux conférences de presse des ministères et des syndicats. Nos journalistes de salon vont devoir, s’ils veulent regagner l’estime des lecteurs, quitter leur bureau et aller au contact des évènements, au fond des dossiers, à l’écoute des professionnels et de leurs analyses argumentées et chiffrées.

Bref, de nouvelles subventions ne viendront qu’alimenter une presse sans ambition, désavouée par les français qui se tournent vers les quotidiens gratuits : la même qualité d’informations sans les opinions du journal en exagérant un peu.

Mais après tout, on a la presse qu’on mérite.


16:48 Écrit par Alternative Lib | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

pourquoi "petit" ? Pourquoi le "petit" libéral ? Avec des articles aussi grands ?

Plus sérieusement, as tu u n lien qui détaille le plan aillagon ? rien trouvé sur le site du ministère de la culture subventionnée.

bravo, continue !



Écrit par : fan club | 23/01/2004

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