21/01/2004

Euro : la loi du plus fort n'est pas toujours la meilleure !


L’euro/dollar, après s’être envolé de plus de 20 % en 2003 (de 1.04 à 1.22), n’a pas vu la tendance s’infléchir en 2004 (presque 1.27 aujourd’hui). Une petite action d’achat de dollars de banques centrales accompagnée de timides commentaires d’inquiétude de notre BCE amorphe (notre banque centrale à nous, si fière de l'euro fort !) a permis une courte stabilisation de cette glissade continue du cours du dollar.
Malgré l’immense notoriété de son directeur (grâce aux affaires anciennes du Crédit Lyonnais), Monsieur Trichet, la crédibilité de notre banque européenne reste trop faible pour aller à l’encontre d’une tendance motivée par des fondamentaux économiques.

L’économie américaine se porte très bien pendant que la nôtre frôle la récession. Résultat : les yankees importent nos produits (ainsi que ceux de l’Asie) et exportent peu. Ces importations de leur part impliquent qu’ils vendent leur devise pour acheter de l’euro, devise dans laquelle sont libellés leurs produits importés. Est-ce clair ?

L’aspect surprenant de cet engrenage est que le dollar faiblit vite, mais pas aussi vite qu’il le devrait. En effet, face à ce déficit colossal de la balance commerciale américaine résultant de leur excellente santé économique, les japonais et les chinois achètent du dollar, freinant ainsi sa chute, afin d’acheter des obligations du trésor américain qu’ils considèrent comme le placement le plus sûr actuel : avec le déficit important du gouvernement Bush, il y a tout ce qu’il faut en boutique !

Bon, si tout cela vous apparaît limpide maintenant, comprenez le risque actuel. Si less investisseurs dans la dette américaine (ces fameuses obligations du trésor) décident de rapatrier leurs capitaux chez eux, le produit de la vente de leurs obligations, en dollars, sera convertie dans leur devise nationale. L'accélération de la baisse du dollar qui en résulterait renchérirait d’autant notre euro (un euro/dollar à 1.40 ou 1.50 ne serait alors pas surprenant, soit 10 à 20 % de dépréciation supplémentaire). Et la baisse obligataire signifierait une hausse mécanique des taux d’intérêt.

Imaginez le résultat sur l’Europe :
Euro fort = exportations plus difficiles (notre principal facteur de soutien de la croissance actuellement).
Taux d’intérêt plus élevé = frein à la consommation et, surtout, à l’investissement.

Autant dire que 2004 pourrait voir les pays européens à l'économie trop rigide (je ne cite aucun nom), si ce scénario se confirme, plonger dans une grave récession cette fois-ci, causée par l’arrêt complet leurs carnets de commandes. La France (je me trahis) pourra t-elle vendre des Airbus si leur prix remonte de 20 % par rapport aux Boeing ? Pourra t-elle vendre des TGV si les Coréens du Sud disposent de notre technologie et que notre devise s’apprécie trop vite ? Etc.

Cela ne fait que renforcer l’absolue nécessité, pour la France, de s’aligner sur la vague libérale qui traverse toute l’Europe : assouplissement et simplification sensibles du code du travail, notamment du droit des licenciements, réajustement du SMIC à un niveau plus réaliste, plus adapté, bref qui ne soit plus destructeur d’emplois…Espérons que nos nombreux économistes fonctionnaires ont bien en tête le risque qui pèse sur notre économie, tenue la tête hors de l’eau par notre capacité à exporter… tant que le prix est compétitif (donc l’euro pas trop fort).

17:20 Écrit par Alternative Lib | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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