26/01/2004

Délocalisations, condition de notre croissance


Le taux de licenciements a beau être extrêmement faible en France, il ne diminue en rien le drame vécu par les licenciés qui se retrouvent exclus durablement (sinon définitivement) de leur ancienne forteresse surprotégée, celle des salariés. Dans leur malheur légitime, ils cherchent alors un coupable et ne le voient que dans ce mouvement de délocalisations due à la désindustrialisation inexorable que vivent nos pays post-industriels. Nos médias ne comprennent pas non plus cette tendance structurelle, ce qui les incite à amplifier les craintes spontanées de beaucoup de citoyens face à cette évolution difficile.

Or, les délocalisations sont dues à deux facteurs fondamentaux à mon sens :
1) la mondialisation permet à de nombreux pays en voie de développement de vivre leur révolution industrielle. Les salaires peu élevés y offrent une main d'oeuvre meilleur marché pour le travail peu qualifié. La production délocalisée de biens manufacturés se révèle ainsi bien plus avantageuse pour le consommateur occidental et offre des emplois localement bien rémunérés.
Résultat de cette révolution industrielle : flux massifs vers les villes, utilisation de nouvelles techniques fortement consommatrices d'énergie, travail à la chaine en usine...
Toutefois, grâce aux avancées technologiques et aux modes d'organisation du travail importés des pays avancés, ce processus s'effectue de manière accélérée, en brûlant les étapes. L'enrichissement des populations urbaines au travail augmente vite et l'émergence de classes moyennes bouleverse les modes de vie de ces pays. L'espérance de vie croît chaque année et le niveau d'éducation, véritable investissement de tout pays dans son avenir, augmente régulièrement.

2) de notre coté, notre consommation a considérablement évolué ces dernières décennies. La part de notre revenu consacré aux produits manufacturés diminue grâce à la baisse de leur coût de fabrication. Nous pouvons donc reditribuer la part résiduelle de plus en plus importante de nos revenus en services, c'est à dire dans notre consommation de santé (médecins, recherche, ...), de culture et loisirs (TV, cinéma, voyages, ...), de communication (internet, mobiles), de services financiers (retraite, épargne, investissements, crédits), d'éducation. Etc.


Donc la part de notre propre création de richesse (et accumulation de richesse) s'oriente de plus en plus vers l'économie tertiaire (services) et de moins en moins vers le secteur secondaire (produits manufacturés) ou primaire (malgré le protectionnisme génralisé des pays occidentaux qui maintient le prix des produits agricoles à un niveau élevé, freinant ainsi l'évolution de nos économies).

L'économie tertiaire crée par conséquent les emplois disparus dans l'économie secondaire.

L'échec partiel français réside dans les forces de frottement dues au poids des charges sociales, à la rigidité du droit du travail et à notre système d'enseignement inadapté aux besoins nouveaux de compétences. Ces forces freinent les embauches recquises par le secteur des services.
Par ailleurs, nous travaillons moins (chômage élevé, durée de carrière réduite et temps de travail en baisse (loi des 35 heures) et une partie des services publics coûte plus cher que la valeur économique de ses prestations, ce qui constitue une destruction nette de richesse.
Bref, nous créons moins de richesse dépensée ou épargnée.

Finalement, nous nous appauvrissons en travaillant moins, ce qui vient répondre aux carences du marché des services, ce qui signifie que nous entretenons doublement le chômage en France.

Tant que nous n'aurons pas compris que la désindustrialisation nous a permis de basculer d'une société industrielle dans laquelle l'achat de la voiture, de la machine à laver et du poste TV représentaient l'essentiel des revenus des ménages, à une société de services bien plus fondée sur la santé, l'éducation, la communication, les loisirs et la culture ET que ce basculement offre autant d'emplois nouveaux (sinon plus) que les emplois perdus, nous entretiendrons nos forces de frottement qui limitent les licenciements absolument indispensables pour libérer l'économie et favoriser cette évolution spontanément créatrice d'emplois.

18:47 Écrit par Alternative Lib | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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