02/02/2004

Juppé sort, une chance pour l'UMP ?


La perte attendue de Juppé, le plus fidèle des fidèles, le dauphin présumé de Chirac, place l'UMP au bord d'une crise qui constitue une réelle opportunité de changement structurel. Alors laissons-nous aller à un petit excès d'optimisme avant que Debré, Douste-Blazy et Sarkozy ne se disputent le bâton de maréchal.

UNION MONOLITHIQUE PRIVEE
Aujourd'hui, toutes les décisions s'y prennent d'en haut (de tout en haut, suivez mon regard) : ligne générale, projets à présenter au gouvernement, argumentaires "en kit"...et composition du parti, de ses listes, toutes ses listes jusqu'à la plus petite liste locale. C'est finalement une structure typiquement administrative, aussi rigide que pyramidale. Les militants, eux, n'ont aucun rôle sinon d'applaudir les stars du système auto-alimenté, ce petit club aristocratique d'ENArques patentés. L'idée de primaires n'est même pas abordée au sein des instances dirigeantes, bien plus compétentes que les simples militants, abrutis par des tracts remplis d'inepties mais vides de contenu.

UNITE MONOPOLISTIQUE PARISIENNE
Certes, comme dans toute structure importante, riche et puissante, les têtes montantes mènent une lutte à mort pour le pouvoir. En soi, ce processus permanent ne diffère que très peu du fonctionnement d'une entreprise si ce n'est qu'ici, le consommateur-électeur est captif (« Vive l’union ! », fabuleux slogan pour éliminer débats et concurrents) et qu'aucun critère de performance n'est pris en compte dans le choix de la structure d'encadrement. Pour exemple, Patrick Stefanini, qui dirige l'UMP Paris d'une main de fer et sans aucun charisme (ni talent), n'a aucun mandat ! Comment un politique désavoué par les électeurs peut-il diriger l'un des secteurs les plus importants du pays ? D'ailleurs, Paris n'est plus aux mains de la droite depuis les dernières municipales, malgré un électorat conquis à la cause Chiraquienne.

NOUVEAU PARTI : NI XENOPHOBE, NI COMMUNISTE MAIS LIBERAL ?
Ce qui est beaucoup plus grave, c'est que nos scrutins sont taillés sur mesure pour exclure les petits partis, ce qui rend la tâche des nouveaux d'autant plus difficile.
Le FN, malgré ses 15-18 % après 20 ans de développement continu, ne dispose d'aucun député au parlement. A droite, la fragile UDF contestataire, sorte de coquille de la pensée vide, capte les quelques voix encore hésitantes entre l'UMP et l'abstention. Bref, un monopole s’impose progressivement, doté de finances généreuses et d'un accès permanent aux médias et qui n'a à priori aucune chance de se voir détrôné par un parti émergent.
De là naissent deux conceptions concernant la possibilité de voir émerger un nouveau parti proprement libéral. La première voit un tel nouveau parti condamné d'avance dans un paysage politique verrouillé ; l'autre considère au contraire que l'émergence de LO-LCR prouve qu'il existe bien une place à coté de grands partis historiques moribonds.
Mais l'existence politique propre à ces structures trotskistes fusionnées repose sur un travail de terrain considérable, organisé et structuré par une tête légitime. Ce mode de développement exige de s’affirmer par la contestation ferme de la droite actuelle et, surtout, de voir s’investir dans cette aventure un ensemble de personnalités marquantes, percutantes et dotées de vrais talents oratoires. Il est probable que dans un premier temps, les vétérans libéraux du monde politique ne s'intéressent même pas à un nouveau-né sans expérience ni crédibilité. Les militants libéraux, au sein de l'UMP (et de l'UDF, il y en a) sont-ils prêts à abandonner leur parti pour se lancer dans une telle aventure au risque de n'aboutir à rien ? Rien n'est moins sûr. Sans une base aussi vaste que motivée, point d’avenir.

L’alternative est simple : lancer une action libérale d’envergure au sein d’une UMP déstabilisée, en quête de repères. Cette offensive passe par le soutien au club des réformateurs et un lobbying actif auprès des députés UMP auxquels il faut vendre les projets libéraux. Les sondages vont dans notre sens, sachons nous appuyer sur eux pour faire pression sur notre droite à la veille de régionales qui se révèleront comme un vrai test national.

Notre petit excès d’optimisme risque d’être bien éphémère si les libéraux français ne se mobilisent pas rapidement et ne coordonnent pas leurs efforts.

18:15 Écrit par Alternative Lib | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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