05/03/2004

Pourquoi la recherche Française se cherche toujours...


A) Dans l'édition du Monde du 2 mars :
Cela fait plus de quinze ans qu'il a quitté la France. Et le CNRS, pour lequel il aura finalement travaillé à peine deux ans. Pourtant, Philippe Aghion, économiste à Harvard, n'a pas coupé le cordon et observe avec attention le mouvement des chercheurs français.
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A 47 ans, l'économiste qui a été aux Jeunesses communistes aimerait participer au "renouveau de la gauche européenne". A sa manière, en l'aidant à "reconstruire un appareillage théorique pour repenser la croissance. La gauche keynésienne, celle qui pense que la croissance dépend de la consommation, est épuisée. La gauche n'a plus de doctrine.
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C'est pour cela qu'il accepte en 2001 l'offre de Jean Pisani-Ferri, alors président du Conseil d'analyse économique (CAE), qui regroupe des économistes de tous bords auprès du premier ministre, de travailler avec Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS, sur la question de l'éducation. En janvier 2004, leur rapport "Education et croissance" est publié. Les deux chercheurs sont formels : le système d'enseignement supérieur français handicape la croissance. Ses institutions sont archaïques et sont celles d'une économie en rattrapage, pas d'une économie innovante.
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... UN COMMUNISTE LIBERAL ?
"Sur le modèle de la National Science Foundation aux Etats-Unis. Les projets des chercheurs y sont évalués par leurs pairs, les meilleurs sont choisis et financés. Les refinancements sont sujets à évaluation", explique Philippe Aghion, qui rêverait de mener un projet équivalent en France ou en Europe.
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"Je rentrerais aussi si je pouvais créer une Paris School of Economics" sur le modèle de la London School of Economics (LSE). C'est-à-dire "un programme d'économie d'excellence qui ait les moyens d'attirer les meilleurs chercheurs, de leur permettre de faire leur boulot sans devoir chercher d'autres sources de revenus, de choisir les meilleurs étudiants", explique-t-il.
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il publie et se fait connaître pour son travail. Il gagne bien sa vie : 40 000 dollars par an, "soit l'équivalent de 80 000 dollars aujourd'hui".
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... 1989 RETOUR AUX IDEAUX
"On a été plusieurs à revenir en France cette année-là et à intégrer le CNRS. On croyait que les choses avaient bougé", se rappelle-t-il. Il déchante. Les différents laboratoires ne travaillent pas ensemble. "C'est compliqué. On passe son temps à aller d'un endroit à l'autre, pour chercher un document, pour voir quelqu'un, pour assister à un séminaire", décrit M. Aghion. Il gagne 12 000 francs net par mois. Et donne des cours à HEC qui lui permettent de plus que doubler ses revenus. "Comme on n'avait pas le droit de gagner plus que son salaire en dehors du CNRS, j'avais créé une société pour donner mes cours à HEC", se rappelle-t-il.
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... IDEAUX RENOUVELES :
En 1998, donc, il accepte l'offre de Harvard pour un poste de titulaire, cette fois. Aujourd'hui, M. Aghion gagne 220 000 dollars par an, soit quelque 150 000 dollars après impôts. L'université l'a récemment augmenté pour l'empêcher de répondre aux sirènes de la LSE qui lui proposait 250 000 livres par an. "Passer d'un labo parisien à Harvard, c'est comme passer d'une petite boutique à une grande surface. Il y a tout, les meilleurs chercheurs, les meilleurs étudiants...", raconte-t-il.

B) Le budget américain de la recherche a atteint 290 milliards de dollars (233 milliards d'euros) en 2003, dont 38 % est financé par l'Etat (sur cette part, la moitié part pour la recherche militaire, le quart pour la santé, 10 % pour la Nasa et le reste se partage entre l'énergie et la recherche fondamentale). Si l'argent coule à flot dans les centres de recherche, notamment universitaires, les sources peuvent se tarir brutalement si l'espérance de réussite est trop faible. Réactivité et pression constante sont les maîtres mots de cet univers.
Le partenariat université - entreprise est naturel; plus, il est quasi systématique. Car si la recherche n'est pas une marchandise, c'est tout de même un business. En effet, une fois qu'une découverte devient sérieusement prometteuse, le passage à un stade de développement pour une commercialisation est essentiel. Capital risque, start-up, groupe industriel, tout est bon pour trouver des partenaires financiers.

Certes, comme on le comprend, la recherche est un univers de compétition qui exige le meilleur des meilleurs. Aucune place pour l'atavisme.

Résultat, la recherche américaine pèse 40 % de l'effort mondial, contre 25 % pour l'Europe. Elle attire donc les cerveaux du monde entier et concentre l'essentiel des nouvelles découvertes. Aboutissement de ce dynamisme exceptionnel : le chômage est à 5.6 %, le niveau de pauvreté est en passe de passer sous le seuil français, centre du monde du bien-être social, et les délocalisations leur permettent de réallouer leurs forces vives dans les nouveaux secteurs.

16:26 Écrit par Alternative Lib | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Jouissif... Comme toujours avec les communistes, ils ont des rêves petit-bourgeois...je parie qu'il est propriétaire et qu'il scolarise ses enfants dans le privé :-)))

continuez on se marre, tant qu'on peut encore...

Écrit par : Jean-Yves Mesnil | 14/03/2004

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