11/01/2005

Sur France 2, les politiques à l'assaut du marché de l'humanitaire


Jusqu'à récemment, les Français ne montraient aucune générosité particulière, inhibés par une politique sociale massive de l'Etat, aux effets hélas contre-productifs. Nombre de pays occidentaux manifestent pourtant une implication individuelle beaucoup plus importante...et récurrente. La solidarité y est perçue comme un acte librement consenti, donc direct des particuliers aux associations caritatives, aux ONG aux fonctions diverses, sans passer par la lourde bureaucratie clientéliste de l'administration. La position française n’est donc pas une fatalité

La médiatisation du Tsunami a alors favorisé une prise de conscience en France. D'abord, il apparut qu’il était possible de voir une quantité très importante de citoyens se mobiliser et donner de leur poche, comme partout ailleurs dans le monde.
Ce soir-là, le débat animé par Arlette Chabot sur France 2 révéla aux profanes l'existence d'un "marché de l’humanitaire". Différents métiers cohabitent, de l'urgence médicale à la reconstruction dans la durée. Différents acteurs coopératifs agissent de concert, chacun avec son réseau, ses méthodes, sa population de soutiens. Cette concurrence aboutit parfois à un certain manque de coopération, elle avance toutefois vite et de manière efficace. Parfois, un acteur annonce avoir saturé ses capacités d'intervention dans son propre domaine et demande aux donateurs de stopper leurs dons, comme MSF l'a fait récemment, avec un courage un peu maladroit. Cette maladresse fut un cadeau fait aux politiques, toujours en quête d’occasions tragiques pour proposer des surenchères démagogiques de taxes, de bureaucraties dédiées, de commissions nouvelles.

Par ailleurs, Jean-Hervé Bradol, Pdt de MSF manifesta une conviction forte, essentielle : l'argent ne doit pas passer dans la main des Etats. On vit le président de la Fondation de France acquiescer sur ce point. Même Jean-Christophe Rufin, président d'Action Contre la Faim, le suivit sur ce principe essentiel. Jean-Hervé Bradol insista en évoquant le fait que les populations concernées étaient extrêmement réactives et qu'elles étaient déjà dans une phase d'hyperactivité pour la reconstruction, parallèlement au travail de deuil. Il ajouta que la vision des politiques occidentaux, condescendante à l'égard de ces pays pauvres, avait une tournure néo-colonialiste. La plus saine des reconstructions, selon lui, ne pouvait démarrer que des sinistrés eux-mêmes…et selon leurs souhaits, pas ceux préconisés dans les salons douillets des ministères européens. Bernard Kouchner faillit s’étrangler.
Tous les politiques présents évoquèrent la césure entre le nord, riche et toujours indemne, et le sud, pauvre et toujours affecté. Personne n’osa démentir ce cliché grotesque, sinon une journaliste indienne. Elle raconta que l’Inde se sentait suffisamment riche pour se débrouiller globalement seule. Personne n’insista face à cette volonté d’émancipation de la part d’un pays pourtant classé parmi les pauvres (et une partie importante de sa population l’est encore, personne ne le nie). Elle ajouta que les catastrophes naturelles de grande ampleur (dizaines de milliers de morts) sont hélas courantes en Inde (facilitées par la forte densité de population), expliquant par là sa grande maîtrise de ce type de situation d’urgence et de reconstruction.

Renaud Muselier fut insipide, s’alignant platement sur les positions de ses congénères socialistes (pour ne pas dire communiste dans le cas de Nikonoff). Claude Allègre, Bernard Kouchner et Jacques Nikonoff ont alors commencé leur attaque en règle du président de MSF sur ce point. Certes, le fondement politique veut qu'il faille toujours demander plus, on verra plus tard ce qu'on fera de l'argent. Mais surtout, il ne fallait pas que la force publique soit remise en cause par des responsables de la société civile. Une fois réglée le sort médiatique de cet insolent de Bradol, on vit s’élaborer une longue surenchère de plans de taxation mondiale, de bureaux de coordination, de fonds dédiés, de grandes bureaucraties affectées à une multitude de taches au niveau de l’ONU. C’en était fait de cette odieuse globalisation capitaliste, place à la globalisation fiscale et bureaucratique, celle « du cœur » comme ils surent dire à l’unisson.

Après ce contraste effrayant entre des humanitaires professionnels, impliqués sur le terrain, et ces politiques ne rêvant que confiscation des richesses, bureaucratie et économie planifiée, il semblait que le marché de l’humanitaire risquait la nationalisation pure et simple après les propos des seconds, toujours prompts à se saisir de situations douloureuses et tragiques pour tenter de voler un peu plus de notre liberté.
En tout cas, bravo à toutes les ONG qui doivent faire leur métier tout en défendant leur indépendance vis-à-vis d’Etats et de politiques prédateurs !

10:12 Écrit par Alternative Lib | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

03/01/2005

Explosion du réseau d'écoles privées populaires en Inde


La croissance du PIB et les effets de la mondialisation atteignent même les populations les plus défavorisées de ce gigantesque pays. La misère n’y est plus perçue comme une fatalité. Les castes sont remises en cause. Chacun veut offrir leur chance à ses enfants : même les plus misérables et analphabètes savent mieux que l’Etat indien ce qui est bon pour leurs descendants. Aussi l’enseignement est-il devenu un marché extraordinairement dynamique au sein même des bidonvilles. Un vrai business est né, avec des résultats plus que probants pour la clientèle des familles.

L’enseignement public connaît de graves fléaux avec un absentéisme chronique entre un tiers et la moitié du corps enseignant (ah, statut privilégié oblige !) et un refus de l’enseignement systématique et précoce de l’Anglais. A coté de ce système public sclérosé sont donc apparues une multitude de petits établissements indépendants privés, plus de mille dans le seul Andhra Pradesh (soit le double du nombre d’établissements publics).

Eux ont fait le choix de l’enseignement en Anglais. Les profs, s’ils sont moins diplômés que leurs congénères du public, savent mieux susciter l’enthousiasme des enfants…et des parents. D’abord, il n’existe pas de formation à l’enseignement en Anglais en Inde. Ensuite, seul le privé considère que l’Anglais n’est plus la langue des colonialistes comme l’Etat persiste à le (faire) croire.

Les résultats sont déjà jugés meilleurs dans ce réseau parallèle que dans le secteur public par EDUCARE, une ONG spécialisée (Telegu et Hurdu mis à part !). Le Dr Anwar, président de la Dynamic Federation of Private Schools de l’Andhra Pradesh, explique que les régulations insensées de l’Education Nationale rendent toutes ces écoles libres hors la loi. Par exemple, le taille de la cour de récréation, la distance entre les tables et une foule de détails sont strictement définis. Aucune école publique ne les vérifie, mais cela permet aux autorités locales de taxer les établissements privés, indépendants. Ces pots de vin locaux représentent environ 10 % de leurs recettes. Ainsi les plus pauvres, qui payent ces écoles de 1.200 à 10.000 roupies par an (28 à 235 $, loin des 2.800 $ de l’école de l’élite indienne, la Doon School !), savent donc que l’Etat, inapte et corrompu, les rackette encore de 10 %.

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