27/04/2005

Mariage et homoparentalité : l'Europe plus libérale que nos élus !


L’Espagne est le troisième pays européen à autoriser le mariage homosexuel derrière les Pays-Bas et la Belgique, sans compter le « partenariat enregistré » danois qui offre les mêmes conditions fiscales, notamment successorales, et d’adoption conjointe. La Suède, le Royaume Uni et d’autres pays devraient rapidement suivre ce modèle de contrat civil équivalent au mariage. En France pourtant, au-delà de l’aspect fortement symbolique du mariage et de ses conséquences fiscales et patrimoniales, l’homoparentalité constitue un vrai blocage pour nos élus. Pays phare de l’ingérence de l’Etat dans nos vies privées, quoi de plus étonnant que nos conservateurs de tous bords en appellent à Dame nature pour régir nos aspirations les plus intimes ? Pourtant, qui peut aujourd’hui prétendre établir ce qui est naturel ou non ? Sommes-nous encore formatés dans notre vision du couple au point de ne l’appréhender que dans une perspective exclusivement procréatrice ? En tout cas, le coup marketing du PACS, au-delà de la modernisation de l’image du PS, n’a rien résolu.

Le premier motif de cette frilosité, c’est que l’homosexualité reste perçue comme une anormalité par notre élite dirigeante. Le « coming out » des personnalités politiques, médiatiques ou artistiques, encore rare, se fait encore parfois sous la menace tant c’est un moment difficile en France. Certes, il est vrai qu’un microcosme voyant ne facilite pas la tâche de la grande majorité des homos. Sans le ton provocateur et outrancier de la Gay Pride et autres fêtes branchées, la cause des homos n’aurait peut-être pas avancé. Mais au stade actuel, cette image est sans doute en train de ghettoïser la cause homosexuelle en la cantonnant à une marginalité voyante et peu rassurante. Sans approfondir ces graves questions, une chose est sûre : les politiques se sont emparés de cette cause dans l’espoir de s’approprier la communauté sur le plan électoral par des mesures démagogiques vides, voire nocives. L’exemple de la loi sur l’homophobie est parlant. Cette atteinte à la liberté d’expression, vite retirée par bon sens, n’aurait rien résolu sinon renforcé le cliché populaire d’un communautarisme homo fermé et encouragé insidieusement l’homophobie par sa stigmatisation discriminatoire. Au contraire, nous sommes dans la phase délicate de banalisation de l’homosexualité…et, surtout, du couple homo.
L’arnaque du PACS a été un beau coup politique à peu de frais : adoption conjointe impossible et droits fort limités. Après une longue vie de couple, le décès de l’un des deux PACsés est toujours autant une catastrophe financière. L’impôt sur la mort (droits de succession) atteint très vite le taux exorbitant de 50 % ! Cette double peine oblige souvent le survivant à revendre l’appartement commun pour payer le fisc. Nous sommes loin de l’alignement de ce taux sur celui du conjoint survivant dans le mariage. Cette opération clientéliste, symboliquement forte mais peu consistante, n’est pas revenue sur la vision anti-naturelle, voire anormale, du couple homo, qui justifie qu’on lui interdise l’accès aux droits bien plus fondamentaux des couples hétéros.

Le milieu politique français reste en fait extrêmement conservateur dans sa persistance à ne retenir que le seul modèle mixte du couple comme légitime. Le motif de procréation « bio » est certainement au cœur de cette liberté encadrée du couple, supprimant du débat les thèmes de l’adoption, de l’insémination artificielle, des formes familiales recomposées ou monoparentales ou, enfin, de la volonté de couples de ne pas avoir d’enfant. Bref, la conception autoritaire du modèle familial n’a en rien été remise en cause : elle nie la réalité du couple, patiente construction d’une vie à deux adultes consentants, et leur impose des barrières artificielles sous des prétextes fallacieux qui dissimulent les préférences personnelles de nos dirigeants. Ce sacrifice des perspectives de « l’amour durable » au nom de « l’intérêt général », lorsqu’il sort du modèle hétéro imposé, relève du jacobinisme moral qui sclérose la France dans tous les autres domaines aussi sensibles et aussi graves. Ce mépris pour les homosexuels qui construisent une vie à deux et ressentent, au même titre que les couples hétéros, le désir d’avoir des enfants, traduit avant tout un refus de reconnaissance des préférences de ces individus majeurs et responsables de leur destin ! Alors que nos élus jugent les homos purement égoïstes dans leur désir d’enfants, les études confirment qu’un réel désir de famille existe. L’interdiction de l’insémination artificielle et l’impossibilité d’adopter, lorsqu’on ne dissimule pas son homosexualité malgré la tolérance administrative, constituent une profonde frustration dans la vie du couple. Certes, de nouvelles formes de coparentalité, associant un couple homo à un géniteur volontaire de l’autre sexe, permettent de contourner les rigidités de la loi. Mais la formule n’est pas simple, même si elle est bien vécue pas l’enfant.

La question ultime du débat, soulevée par les opposants au mariage homo, c’est bien l’homoparenté. Or, on estime déjà le nombre d’enfants ayant au moins un parent homosexuel entre 200.000 et 400.000 en France. De très nombreux homos sont parents d’une union hétéro préalable. L’adoption, la coparentalité et la procréation artificielle réalisée à l’étranger, dans les pays qui l’autorisent, ont aussi permis à près de 100.000 couples homos d’avoir des enfants. Dans l’ensemble, ces enfants sont aussi heureux et promis au même avenir (et aux mêmes difficultés) que les autres.De nombreux rapports de pédopsychiatres sur les enfants de couples homos partout dans le monde, que ce soit aux USA qui en comptent entre 6 et 14 millions, en Australie ou aux Pays-Bas, se révèlent largement favorables à l’homoparentalité. Pourtant, la classe politique nationale reste sceptique et préfère maintenir le statu quo selon notre fameux principe national de précaution, « au cas où ». Cette vision étriquée de la famille, calquée sur une image idéalisée digne de « la petite maison dans la prairie », n’a plus que peu de rapport avec la réalité. Niant l’existence des couples homosexuels sous un angle patrimonial, niant leur désir profond de construction familiale, le système les contraint à vivre cachés ou à tricher pour ne pas être spoliés de leurs droits fondamentaux d’être des parents.

La France en est-elle réduite à subir ce blocage rétrograde et à se retrouver, comme dans de nombreux domaines, de plus en plus isolée au milieu d’une Europe considérablement plus libérale ? Aujourd’hui, les libéraux ne prônent pas l’attribution de nouveaux droits aux couples homosexuels, mais simplement la suppression du mur qui leur interdit le bénéfice de droits existants. La différence est notable. Le droit de former un couple, en particulier sur le plan successoral, et d’avoir des enfants, ne doit plus être arbitrairement réservé aux seuls couples hétérosexuels. Que ce soit sous la forme d’un « contrat de partenariat » civil ou du mariage, il nous faut abattre ce mur de la ségrégation sexuelle, ce mur de souffrance intime du couple. La reconnaissance de cette liberté nous apparaît essentielle, vitale et urgente pour tous ceux qui aspirent à vivre « comme tout le monde » parce qu’ils sont justement « comme tout le monde ».

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19/04/2005

Raid de Francis Mer/Guillaume Sarkozy sur le Medef


L’actuel président du Medef, le très percutant Ernest-Antoine Seillère, doit quitter son poste le 1er juillet pour rejoindre l’UNICE, le syndicat européen des patrons. Pour le remplacer, plusieurs candidats consistants s’étaient présentés pour cette relève qui constitue un vrai défi : celui de redonner espoir au 700.000 entrepreneurs membres du Medef, essentiellement des PME, face à un gouvernement plus Etatiste que jamais, qui n’a remis en question ni l’ISF, ni les 35 heures ni même le Code du Travail responsable de l’anémie de notre marché de l’emploi.

Malgré quelques tentations protectionnistes, le Medef avait su retrouver l’audace et le ton mordant face à la pensée unique de notre ENArchopole, encroûtée dans son jacobinisme hautain des ministères.La compétition ouverte entre Sophie de Menton, tonique président d’ETHIC, Laurence Parisot, l’actuel président du Medef Auvergne, Hugues-Arnaud Mayer, et Yvon Jacob promettait d’être rude. Mais voilà qu’à cette joute d’entrepreneurs de bon sens, le binôme Francis Mer/Guillaume Sarkozy s’est déclaré candidat ce matin. A la fois stars et très politiquement corrects, ils risquent pourtant de l’emporter pour une simple question d’image. Un ancien ministre et le frère de l’unique responsable de droite qui inspire un peu confiance (malgré un passage consternant à Bercy), quoi de plus sexy pour les petits patrons de PME du fond de la France ? .

Espérons que ce couple associant celui qui a révélé sa mollesse à Bercy et le défenseur du textile protectionniste ne parviendra pas à l’emporter. Le Medef rejoindrait alors le pool des interventionnistes « bien pensants », ceux qui empêchent la France de respirer l’air de la liberté, de l’audace créatrice de richesse. Car comme le dit Francis Mer : « …en France et en Europe, nous partageons des valeurs incompatibles avec une concurrence débridée. Le système dans lequel nous vivons suppose le respect de certaines valeurs. Ce qui arrive actuellement aux salariés de Rover illustre les excès d’un libéralisme que nous récusons. ». Si le modèle Anglais, sous la direction des socialistes du New Labour, est jugé comme celui d’un « libéralisme » excessif, alors en effet, le Medef condamne l’entreprise d’avance sous la présidence de ces deux politiciens. Avec pareil propos, que de belles perspectives d’immobilisme consensuel.

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