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Le petit libéral |
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11-05-2005 |
François Pinault délocalise sa fondation |
François Pinault, homme d’affaire peu prolixe, s’est offert la tribune du Monde lundi soir pour annoncer l’abandon du somptueux projet de fondation sur l’île Séguin, à Boulogne Billancourt. Depuis, la classe politique est sous le choc. Le maire a maladroitement tenté de défendre son bilan face à pareil désastre. Le président du groupe UMP à l’Assemblée, Bernard Accoyer, a opportunément ressorti des cartons la proposition du député de l'Oise, Olivier Dassault, sur les fondations. C’est hélas un peu tard. Le Ministre de la Culture est allé jusqu’à proposer de mettre à la disposition de François Pinault un important lieu public, le Palais de Tokyo. Pitoyable tentative de retenir un homme déçu par la lourdeur sclérosante de notre administration publique. Aujourd’hui, François Pinault cherche avant tout à se démarquer des institutions existantes pour imposer son nom dans l’histoire de l’art comme l’un des collectionneurs les plus judicieux de la fin du XXeme siècle. En choisissant lui-même chacune de ses 2.000 (certains parlent même de 3.000) œuvres, souvent audacieuses et perturbantes, son coûteux pari s’avérait risqué, l’acquisition de certaines œuvres phares atteignant plusieurs millions de dollars. Il l’a pourtant pleinement assumé pour parvenir à constituer l’une des six plus importantes collections d'art contemporain au monde avec celles d'Eli Broad à Los Angeles, Dakis Joannou à Athènes, la famille Rubell à Miami, Charles Saatchi à Londres et Donald Fisher, le fondateur de Gap. Loin de vouloir finir dans un lieu public, « récupéré » par l’Etat, François Pinault veut aujourd’hui disposer d’un écrin à la hauteur de la collection qu’il abritera et de l’image qu’il souhaite laisser de lui-même. Las des lourdeurs administratives de la France, ce grand ami de Jacques Chirac a choisi, à 69 ans, de s’envoler pour des cieux plus cléments avec une ambition par forcément beaucoup plus modeste, contrairement à ce que les mauvaises langues ont vite affirmé.
L’architecture du Palazzo Grassi n’est pas contemporaine, bien qu’elle s’avère parfaitement adaptée à l’exposition d’œuvres contemporaines depuis une lourde restauration en1985. Mais en reprenant ce palais qui appartenait à Fiat jusqu’à la mort de Gianni Agnelli en 2003 pour « seulement » 29 millions d’euros, François Pinault ne pourra se targuer d’avoir bâti une œuvre architecturale originale, personnelle. Toutefois, la ville de Venise semble avoir prévu d’autoriser de doubler la surface d’exposition du lieu, de 2.500 à 5.000 m2, par l’octroi d’un droit de construction sur une parcelle annexe. Financé par François Pinault, le projet serait alors confié à son architecte fétiche, l’architecte autodidacte génial, Tadao Ando. Certes, on est loin des 15.000 m2 d’exposition au milieu des 2.35 hectares du « vaisseau » de l’île Séguin pour lequel il avait déjà investi vingt millions d’euros en études et tests de résistance de matériaux et prévoyait de mettre 150 millions d’euros de plus sur la table pour la construction. Mais la qualité du site pourrait compenser la taille. Venise abrite déjà la très prestigieuse collection de Peggy Guggenheim dans un petit bijou au bord du grand canal. Autant dire que le succès de cette fondation semble assurée.
Mais tout de même, comment ne pas regretter un tel gâchis pour l’île de France ? Si les amateurs d’art contemporain pourront toujours s’offrir un petit week-end à Venise pour visiter cette excitante collection (dont les pièces majeures sont tenues secrètes pour créer un effet de surprise), il n’en reste pas moins que cet incident nous rappelle à quel point la France, qui se targue de faire partie de la cour des grands dans le domaine de l’art contemporain, est devenu le pays de l’ambition académique. Avec la politique volontariste initiée par Malraux, mais surtout depuis les années Jack Lang, le secteur de l’art contemporain s’est profondément institutionnalisé en France. Le rôle croissant des conservateurs, la politique active d’acquisitions publiques et la position de plus en plus sensible des commissaires d’exposition ont totalement faussé le marché de la création. Ces acteurs du secteur public constituent des brigades fonctionnarisées qui, enrobées de lourdeurs bureaucratiques inutiles, contribuent de plus en plus activement à définir la norme artistique. Leur pouvoir étendu, tant du fait de l’institutionnalisation de leurs choix que de leurs relations ambiguës avec les critiques d’art et les grands galeristes, a donné naissance à un marché parallèle, celui de l’art d’Etat. Aujourd’hui, les jeunes artistes apprennent en priorité à répondre aux modes de ce réseau décisionnaire influent, ce qu’il leur faudra assurer le plus tôt possible. Cette urgence dictée par le milieu institutionnel de l’art va à l’encontre du marché privé, celui des galeristes. Ceux-ci privilégient l’investissement durable dans un talent, le temps qu’il faut pour le laisser s’affirmer, s’épanouir et se réaliser. Un galeriste travaille avec un réseau de collectionneurs qu’il faut séduire sans trop les brusquer par des effets mode trop violents, meilleure manière de brûler une réputation jugée « surfaite ». Un fonctionnaire de l’art, lui, doit briller vite pour assurer sa propre carrière. Le premier juge dans le temps l’expérience et la maîtrise acquises par l’artiste selon les appréciations de ses clients. Le second sélectionne rapidement les profils qui lui plaisent, assurance d’une reconnaissance artificielle que l’artiste devra entretenir au gré des modes. Bref, le marché institutionnel ne se nourrit pas du tout des mêmes œuvres que le marché des collectionneurs et amateurs d’art contemporain. Les galeristes, à la croisée des chemins, jouent donc sur les deux publics, les deux marchés aux attentes divergentes. Installations, parfois gigantesques, et œuvres conceptuelles pour les uns, arts plastiques plus traditionnels pour les autres. Mais une acquisition par le Fond National d’Art Contemporain ou par le Musée National d’Art Moderne offre une vitrine si prestigieuse à un jeune artiste qu’aucune galerie ne peut entrer en compétition avec pareille promotion. Certains artistes vendent même leurs œuvres à « prix discount » à ces institutions pour bénéficier de cette reconnaissance valorisante. Fort révélateur, les expositions publiques de ces artistes « d’avant garde » attirent parfois jusqu’à 90 % d’étudiants en art, d’artistes et de fonctionnaires de l’art. Ce circuit fermé s’auto alimente avec l’argent public puis permet aux « cotes » des artistes du système de grimper brutalement avec sa caution.
La relation incestueuse vient du fait que ce petit cercle de conservateurs, commissaires et critiques d’art, tourne vite, et que certains de ses membres se mettent au service des grands collectionneurs privés. Appartenant encore au sérail, ces conseillers savent comment « faire le marché » par la voie des institutions publiques, parfois en coopération avec leurs anciens réseaux. La constitution d’une vaste collection pour le compte de leur employeur relève alors d’une sorte de « délit d’initié ». Ainsi avons-nous vu Jean-Jacques Aillagon passer de Musée National d’Art Moderne au secteur de la culture de la Ville de Paris, puis au Ministère de la Culture avant d’aboutir conseiller de François Pinault dans la gestion de sa (future) fondation. Il repartira présider TV5 ensuite. Cet exemple illustre bien la perméabilité entre le secteur privé et le secteur public de l’art contemporain. Parfois, la réputation du collectionneur parvient ensuite à confirmer ce que l’institutionnalisation avait commencer à reconnaître dans ce petit jeu de pouvoir. Si l’histoire jugera avec le temps, le contribuable a déjà réglé la note.
Ce marché bicéphale pose aux jeunes artistes le dilemme suivant : suivre la voie institutionnelle, sorte de sprint du 100 mètres à dominante mondaine, ou la voie privée, qui se rapproche plus d’un 10.000 mètres, avant d’aborder la suite de la carrière. Le succès dans la voie institutionnelle présente de nombreux avantages que n’offre pas celle du marché libre. La nomination aux postes d’enseignement des premiers assure un revenu régulier, sans parler des nombreuses commandes publiques. Il renouvelle par-là même cet académisme nouveau en formant les élèves dans le même moule. Les élèves n’apprennent plus à faire, à chercher, à perfectionner, à s’enrichir mais à suivre le cycle des tendances, à se faire vite connaître des bons parrains influents.
Comme on le voit, à coté d’un marché libre, très largement international, un nouvel académisme s’est dessiné, n’intéressant qu’un cercle fermé d’initiés mais monopolisant de plus en plus la place et l’argent public consacré à la création en France. Dans un champ artistique mondial en pleine ébullition, l’appauvrissement de ce microcosme français confirme encore à quel point notre « exception française » est asphyxiante, tant pour la création que pour le marché des amateurs et des collectionneurs. François Pinault, qui l’a compris à ses dépens, a eu le courage de fuir.
11-05-2005, 15:36:28 Alternative Libérale, le parti pris de la Liberté
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Commentaires
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| 29-01-2008, 09:25:50 |
| Art contemporain quand tu nous tiens |
art contemporain peinture pave de Paris concept culture visuelle / Cliquez sur "jaspert" pour voir l'exposition
http://boucherieart.free.fr
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jaspert
amonit@free.fr
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| 14-05-2005, 20:16:19 |
| culture en danger |
Je suis vraiment navrée par cette nouvelle.
<br>C'est une richesse de moins pour notre pays.
<br>En plus, François Pinault symbolise l'homme d'affaire qui a réussit sans être un enfant de la balle. Ce qui est assz rare. C'est le genre de modèle que les services publics ne veulent pas offrir aux générations futures.
<br>La bibliothèque nationale de miterrand est sortie de terre plus rapidement me semble t'il, et elle avait des défauts de conception.
<br>
<br>Concernant le domaine de l'art, l'analyse est très juste.
<br>Un artiste ou un étudiant en art doit toujours rentrer dans un moule identique pour percer.
<br>les profs des Beaux-Arts sont des fonctionnaires (payé au moins 1500 € par mois pour 15 heures de cours par semaine. Certains, passent des cassettes enregistrées à leurs élèves en guise de cours.)
<br> et des soixante-huitards, comme beaucoup de professionnels de ce milieu ( technique libre, exprimer -vous !!)
<br>Autrefois, on pratiquait le dessin académique, maintenant on imite les oeuvres d'artistes reconnues par les institutions.
<br>C'est un autre académisme.
<br>
<br>
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feimumu
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| 13-05-2005, 13:03:47 |
| regrets |
C'est dommage que les commentaires précédents ne soient pas à la hauteur du texte, tout de même.
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<br>Même moi qui ne suis pas un fana d'art contemporain, je regrette cette "délocalisation", qui est ici, contrairement aux délocalisations d'entreprises dont on parle tant, une perte sèche.
<br>Des oeuvres identifiées, une collection, auraient pu être localisées en France, avec tout ce que cela implique de développement économique autour (hôtellerie, voyages, etc..) mais aussi de culturel!
<br>
<br>Bienvenu chez les fous!
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Haykal
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| 12-05-2005, 14:32:00 |
| stinky |
peu de toiles, beaucoup de sculptures. C'est plus difficile à brûler.
<br>ouarf !!!
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Schnouff
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| 12-05-2005, 13:32:21 |
| stinky |
qu'est ce qu'on en a à foutre, serieux
<br>il peut les bruler s'il veut ses toile celà me fait ni chaud ni froid.
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stinky
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| 11-05-2005, 15:54:23 |
| bé alors |
bravo
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julien
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